La liturgie de l’Accueil
Regardons la célébration chrétienne : elle commence par le rassemblement de personnes qui au début ne se connaissent pas et qui choisissent de prier ensemble. Ce n’est pas encore suffisant pour faire Eglise car il faut que le Christ nous incorpore Lui-même au moment de la communion. Mais c’est déjà un acte prophétique, un acte de foi.
Le mot « paroissien » que l’on trouve en 1 P 2, 11 et en Ep 2, 19 signifie « résident de passage », « étranger », « émigré », « personne venue d’ailleurs ». Or le Christ va transformer cette assemblée d’émigrés, par la force et la puissance de son hospitalité eucharistique, en « concitoyens de saints et en famille de Dieu » (Ep 2, 19). Dans l’Eglise, il n’y a plus ni Juifs, ni Grecs…Que l’on soit pape ou enfant, homme ou femme notre dignité est la même. Il y a une seule Famille qui vit dans la joie, la liberté et l’amour. Il faut arriver à faire en sorte que dans l’Eglise nul ne se sente « étranger », c’est-à -dire « exclu ». Si on se sent « étranger », ce sera seulement dans le sens du Christ qui est l’Etranger par excellence, au sens aussi de « paroissien », et encore de « pèlerin » vers un Royaume où il n’y aura plus à se sentir « étrange ». Rappelons nous cette liberté qu’avaient les premiers chrétiens, tel que nous le raconte l’épître à Diognète au deuxième siècle : « ils (les chrétiens) résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère ». (A Diognète 5, 5). Mais dans l’Eglise ils deviennent donc frères et sÅ“urs .
Alors, comment dans l’Eglise le chrétien lui-même étranger sur cette terre, pourrait-il ne pas aimer l’émigré, son frère ? Selon Mt 25, nous serons jugés là -dessus.
La liturgie de la Parole
La messe continue par un acte d’évangélisation qui commence par la proclamation de la Loi et des Prophètes et qui culmine dans la proclamation de l’Evangile au sein de la liturgie de la Parole, avant même que ne soit célébré un quelconque sacrement.
Remarquons ici qu’on ne peut évangéliser si nous n’écoutons pas nous-mêmes l’Evangile. La mission, c’est écouter d’abord.
Jean Paul II a écrit : « L’Evangélisation missionnaire est le premier service que l’Eglise peut rendre à chaque individu et à l’humanité tout entière, dans le monde moderne ». RM, n.2.4.
Ecouter la Parole de Dieu, la comprendre, l’étudier est donc une tâche primordiale. Cette Parole de Dieu nous pousse déjà et grandement à la Mission et à la vie de Charité (à la Miséricorde comme le dit Jean Paul II).
Regardons ensuite la prière universelle qui nous porte à regarder au-delà des murs de nos lieux de prière. Là s’exprime un désir missionnaire très fort de l’Eglise. L’Evangélisation commence aussi par un grand désir : voir le monde complètement sauvé.
(il faudrait parler ici du sens du mot « catholique »)
La liturgie eucharistique
Regardons le plus grand des sacrements (en lien indissoluble avec le baptême et la confirmation) : « Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ». 1 Co 11, 26.
La quête est déjà un signe entre autres de solidarité universelle, notamment lorsqu’il y a quête pour les Eglises en Mission.
« Pour le salut du monde ». Nous nous redisons le but avant de revivre ce qui fait le cÅ“ur de notre foi. Le salut gratuit de Dieu est pour les hommes. Les sacrements sont pour les hommes. Les prêtres « ont pour première fonction d’annoncer l’Evangile de Dieu à tous les hommes » (PO, n°4). La nouvelle de l’Amour de Dieu que nous apporte Jésus Christ est tellement bonne, humaine et sublime qu’on ne peut la garder pour soi.
Cependant, le désir humaniste a pu être tellement important qu’on a pu en oublier parfois « la gloire de Dieu ». Il y a eu ainsi le risque dans les années 70 de délaisser les questions de « boutique liturgique » pour s’occuper exclusivement de politique... Il ne faudrait pas bien sûr tomber dans l’excès inverse aujourd’hui.
Or la sacramentalisation est aussi et déjà l’occasion privilégiée d’annoncer l’Evangile. Il y a encore beaucoup de demandes de baptêmes en France, même si cela diminue tous les ans…
Dans ma paroisse, je remarque que le samedi soir on a affaire à une évangélisation régulière des mêmes personnes. Le dimanche matin, on évangélise plus des catégories de personne (les enfants et leurs parents, jeunes, malades, aveugles, fiancés, parents de nouveaux baptisés, …).
Les célébrations sacramentelles font donc partie intégrante de l’évangélisation. Ce n’est pas un appendice facultatif par exemple à la catéchèse chrétienne. Sinon la catéchèse se transforme en cours du fait religieux. C’est déjà beaucoup, mais l’évangélisation va beaucoup plus loin !
Regardons le Mémorial- Anamnèse (actualisation) du sacrifice. La grâce pour tous ceux qui « n’ont pas l’occasion d’apprendre et d’accueillir la révélation de l’Evangile ou d’entrer dans l’Eglise », écrit Jean-Paul II, cette « grâce vient du Christ ; elle résulte de son sacrifice et l’Esprit la transmet ». RM 10.1.
Regardons l’épiclèse de communion qui nous dit le but de l’Eucharistie pour faire de nous un seul Corps, une seule Assemblée dans le Christ par la force de l’Esprit Saint.
La prière eucharistique est le sommet en même temps que la source de la vie chrétienne. C’est là à partir du Don parfait du Fils à son Père que ce dernier nous saisit et nous envoie son Esprit, premier Missionnaire pour le temps de l’Eglise sur Terre.
Le Premier Missionnaire c’est aussi en un sens le Père en tant qu’il nous envoie son Fils et son Esprit. L’Eucharistie nous resitue en fait dans le mouvement, l’élan missionnaire qui passe par, avec et dans le Christ, ce sans quoi il n’existe plus de mission achevée.
Remarquons ensuite que, comme la préparation des dons et la préface eucharistique nous mettent en lien avec la Création, les intercessions de la Prière eucharistique nous montrent que l’Eucharistie est messe sur le monde, pour le monde.
La proclamation du Notre Père peut être ensuite prise de conscience de Fraternité, nom qui a désigné en priorité l’Eglise dans les premiers siècles.
En 1 Co 11, 17-34, St Paul s’en prend aux désordres qui ont lieu lors de la Fraction du Pain. Le plus grand scandale, pour lui, est en effet la destruction de la Fraternité. On ne prend pas au sérieux la nouvelle Alliance qui s’actualise dans l’Eucharistie.
Avec la communion au sang du Christ, nous pouvons dire que nous sommes du même sang. Le sang du Christ fait de nous des alliés, des frères. Une Alliance indissoluble s’établit entre frères chrétiens. Et cette nouvelle Alliance doit rassembler un jour toutes tribus, langues, peuples, nations, riches, pauvres…
Or Paul met en garde ceux qui ne « discernent pas le Corps », cela veut dire qu’on ne comprend pas que ceux qui communient sont membres du même Corps. On se met en danger de mort que de ne pas comprendre cela, on l’a vu encore de nos jours, par exemple au Rwanda.
« Puisqu’il y a un seul Pain, nous sommes tous un seul Corps car tous nous participons à cet unique Pain ». 1 Co 10,17. D’où la nécessité des messes vraiment ecclésiales. D’où l’ecclésiologie eucharistique présente en Orient depuis 2000 ans et qui retrouve ses lettres de noblesse en Occident.
Regardons maintenant le geste de paix qui est manifestation du Don éminent de la PAIX-SHALOM. Nous participons ainsi dans l’Eucharistie, nous avons déjà l’avant-goût (geste de paix, communion…) au terme de l’action libératrice (ou rédemptrice de Dieu).
Le Corps du Christ est donc sacrement de l’Unité. Prière pour l’unité qui fait écho à la prière du Christ : « que tous soient un ».
A noter qu’il y a équivalence dans le Nouveau Testament entre Eglise et assemblée eucharistique locale. (1 Co 11 ; Ac 2, 45-46). Les Grecs encore aujourd’hui n’ont pas dissocié comme nous les deux : ils ne vont pas à la messe mais à la Synaxe (rassemblement).
La conséquence de l’Eucharistie est la vie en communion. La communion comme don de Dieu permet seule d’œuvrer efficacement dans le monde comme missionnaires. L’autorité et le pouvoir de faire beaucoup de bien ne précèdent pas la communion efficacement, c’est l’inverse. Si on a rompu la communion des Saints, il n’y a pas d’Eglise mais seulement des vestiges, des coteries, des repas à part. L’amour et la connaissance mutuels sont dès lors des préalables à la Mission. D’où la nécessité du mouvement œcuménique. D’où la nécessité des études. D’où la nécessité de l’hospitalité dans nos célébrations…
La Fraction du Pain est invitation au partage. Vous vous souvenez sans doute du titre du document théologique de base pour le Congrès eucharistique de Lourdes : Jésus-Christ, pain rompu pour un monde nouveau (éditions Centurion 1980). C’est la même idée. Le partage commence à vrai dire dans le rassemblement des chrétiens qui partagent leur temps et leurs vies. Voir aussi au moment de la Préparation des dons où nous partageons nos biens. Jésus transcende le partage de nos vies afin de pleinement l’accomplir.
La distribution de la communion est actualisation de la multiplication des pains. Nourrir les affamés de Dieu nous invite à donner nous-mêmes à manger à ceux qui manquent de pain et de Parole de Dieu.
L’acte de communion est un acte d’adoration des plus grands. Ce n’est plus nous qui vivons, c’est le Christ qui vit en nous ! Le Christ adjoint dans son Corps de Ressuscité les chrétiens qui deviennent plénitude de son être par le baptême et l’Eucharistie.
La liturgie de l’Envoi
N’oublions pas les annonces qui concernent la communauté, les bénédictions qui nous invitent nous-mêmes à bénir, plutôt qu’à condamner.
Allez, (virgule !) dans la Paix du Christ. Sans la virgule, voyez-vous la différence ?
« Ite missa est » : allez c’est l’envoi [la messe est dite], allez c’est la messe [la mission dans le monde].
Dispersion pour témoigner et servir (cf Lavement des pieds qui équivaut en saint Jean au sens de l’Eucharistie). Nous nous rassemblons entre chrétiens pour nous disperser.
La liturgie de la vie quotidienne commence.
« Libérés et réconciliés par Dieu, comment ne lutterions-nous pas ensemble pour que les hommes vivent libres et réconciliés ? C’est dans cet engagement historique et concret de la vie quotidienne que se vérifie la pratique eucharistique. Nous pouvons appeler « éthique eucharistique » ce comportement quotidien lié à l’eucharistie ». (Jésus Christ, pain rompu…p.84).
Peuvent avoir lieu ici les agapes. L’Eucharistie a été en effet institué pendant un repas et il en garde la forme substantielle.

Conclusion
J’ai sûrement omis beaucoup de gestes ou de paroles de la célébration eucharistique, mais nous avons pu voir suffisamment – je l’espère - comment l’Eucharistie est apostolique…
La liturgie est Action de Dieu notre Père et de l’Eglise par Jésus-Christ dans l’Esprit.
Toute action liturgique appelle une suite dans la vie quotidienne, une « action catholique », une « action charismatique » au sens large. Cette action est toujours missionnaire. Elle part du Père et elle retourne à Lui.
A noter que « …L’Eglise propose ; elle n’impose rien. Elle respecte les individus et les cultures et elle honore le sanctuaire de la conscience ».RM 39.2. D’où le titre de la Lettre des évêques de France : Proposer la foi… ».
L’eucharistie le dimanche et non le jeudi en référence au jeudi saint (ou le vendredi ou le samedi) car Dieu dans la Résurrection de son Fils fait toutes choses nouvelles !
Pâques : la vie chrétienne est passage continuel dans la mort et la Résurrection du Christ. L’Eucharistie conduit les fidèles à développer l’amour social, à préférer le bien commun à leur bien particulier, à étendre la charité au monde entier.
Jean-Eudes Fresneau (09.04.05)


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