L’appel est pressant : « Considérant la foule innombrable de nos fils, qui spécialement dans les pays de vieille chrétienté, bénéficient des richesses surnaturelles de la foi, et par ailleurs la foule innombrable encore de ceux qui attendent toujours le message du salut, Nous voulons vous exhorter à soutenir par votre zèle la cause sacrée de l’expansion de l’Église dans le monde » (n° 2).
Le Pape rappelle les encycliques missionnaires depuis Maximum Illud (1919), et souligne l’importance des actions menées en Amérique du Sud, en Asie et en Océanie où l’évangélisation rencontre parfois la persécution, ou encore auprès des populations, notamment des jeunes, victimes de l’athéisme moderne. « Tout en conservant présentes à Notre pensée et à Notre prière ces tâches indispensables…, il nous a semblé opportun d’orienter aujourd’hui vos regards vers l’Afrique, à l’heure où celle-ci s’ouvre à la vie du monde moderne et traverse les années les plus graves peut-être de son destin millénaire » (3).
La situation de l’Eglise en Afrique
« L’expansion de l’Eglise en Afrique au cours de ces dernières décades est pour les chrétiens un sujet de joie et de fierté » (4). « Nous avons eu la joie d’instituer, en de nombreux pays, la hiérarchie ecclésiastique et d’élever déjà plusieurs prêtres africains à la plénitude du sacerdoce, conformément au but dernier du travail missionnaire qui est d’établir fermement et définitivement l’Église chez les nouveaux peuples » (ibid).
Ce développement des jeunes Églises africaines est le fruit du travail de « légions d’apôtres, prêtres, religieux et religieuses, catéchistes, collaborateurs laïcs, … » (5). L’Église peut être fière du travail des missionnaires. Pourtant la tâche restante est énorme. Au moment où l’instauration de la hiérarchie pourrait à tort laisser croire que l’action missionnaire est sur le point de s’achever, plus que jamais la sollicitude de toutes les Eglises (cf. 2 Cor 11, 28) du vaste continent africain angoisse Notre âme » (ibid). La tâche est urgente, et le nombre des ouvriers pour l’accomplir est infime.
La plupart des territoires en Afrique traversent une phase cruciale dans leur évolution. L’Église ne peut qu’être « attentive aujourd’hui à l’accession de nouveaux peuples aux responsabilités de la liberté politique . Plusieurs fois déjà nous avons invité les nations intéressées à procéder dans cette voie selon un esprit de paix et de compréhension réciproque » (6), afin qu’une liberté politique légitime ne soit pas refusée à ces peuples, et que ceux-ci évitent le chaos des faux nationalismes. Le Pape souhaite que soit étendue « à ces populations riches de ressources et d’avenir, les vraies valeurs de la civilisation chrétienne » (ibid).
Il faut prendre garde également au matérialisme athée qui a « répandu en bien des contrées d’Afrique son virus de division » (7), dans un contexte marqué par la persistance des croyances païennes en bien des régions d’Afrique (cf 8).
Il y a encore le défi de la civilisation technique, par rapport auquel « l’Église a le devoir de lui offrir … les substantielles richesses de sa doctrine et de sa vie, animatrices d’un ordre social chrétien » (9). Pie XII souligne : « Il faut, dès aujourd’hui, donner aux pasteurs des possibilités d’action proportionnées à l’importance et à l’urgence de la conjoncture actuelle » (ibid).
Or, aujourd’hui, les possibilités d’action missionnaire dans beaucoup de régions d’Afrique sont « sans proportion avec l’œuvre à accomplir » (10).
Dans les missions récentes, on ne peut espérer avant longtemps une aide notable du clergé local, et les missionnaires sont trop peu nombreux pour des territoires immenses où il y a la concurrence « d’autres confessions non catholiques » (11). D’ailleurs, « il ne suffit pas d’annoncer l’Évangile : dans la conjoncture sociale et politique que traverse l’Afrique, il faut très tôt former une élite chrétienne au sein d’un peuple encore néophyte » (ibid). « Qui donnera à ces missions nouvelles, situées en général dans des régions pauvres, mais importantes pour l’avenir de l’évangélisation, l’aide généreuse dont elles ont un pressant besoin ? » (ibid).
Dans les missions plus anciennes, le manque de prêtres se fait cruellement sentir alors que ces diocèses ou vicariats apostoliques doivent développer les œuvres indispensables (12) : collèges, organismes d’action sociale qui animent le travail des élites chrétiennes au service de la cité, la presse catholique, l’Action catholique… Les pasteurs ont besoin non seulement de ressources accrues, mais aussi et surtout de collaborateurs préparés à ces ministères plus différenciés… Nous disons ici toute notre gratitude aux congrégations religieuses, aux prêtres et aux militants laïcs qui, comprenant la gravité de l’heure, se sont portés, spontanément parfois, à la rencontre de ces besoins » (ibid).
Le progrès même des missions pose problème à l’Eglisé du fait du trop petit nombre de missionnaires. « Le clergé africain augmente, mais ce n’est pas avant bien des années qu’il pourra, dans ses propres diocèses, remplir pleinement sa place » (13).
Les difficultés de la situation éveilleront-elles enfin à leur devoir missionnaire tant de catholiques « qui ne remercient pas assez Dieu du don de la foi reçu dans leur famille chrétienne ? » (ibid).
Le concours de toute l’Eglise
« Si autrefois "la vie de l’Église …déployait sa vigueur de préférence dans les pays de la vieille Europe, d’où elle se répandait … vers ce qu’on pouvait appeler la périphérie du monde, aujourd’hui, elle se présente au contraire comme un échange de vie et d’énergie entre tous les membres du Corps mystique du Christ sur la terre". Les retentissements de la situation catholique en Afrique débordent largement les frontières de ce continent, et c’est de toute l’Église que, sous l’impulsion du Siège apostolique, doit venir la réponse fraternelle à tant de besoins » (14).
Citant notamment l’encyclique Mystici Corporis (1943), Pie XII appelle les évêques du monde entier à partager la sollicitude de toutes les Églises (2 Cor 11, 28) qui pèse sur les épaules du Souverain Pontife : « vous aimerez ressentir profondément avec Nous l’impérieux devoir de propager l’Évangile et de fonder l’Église dans le monde entier ; vous aimerez répandre parmi votre clergé et votre peuple un esprit de prière et d’entraide élargi aux dimensions du Cœur du Christ » (16).
« Si chaque évêque n’est pasteur propre que de la portion du troupeau confiée à ses soins, sa qualité de légitime successeur des Apôtres par institution divine le rend solidairement responsable de la mission apostolique de l’Église » (17).
Le Pape continue : « cette ouverture aux besoins universels de l’Église n’est-elle pas, au surplus, la plus propre à manifester de façon vivante et vraie la catholicité de l’Église ?... Rien n’est plus étranger à l’Église de Jésus-Christ que la division, le repli sur soi et toutes les formes d’égoïsme collectif,… Rien de ce qui touche à l’Église ne peut être étranger à un chrétien… les joies et les angoisses de toute l’Église seront ses joies et ses angoisses » (18).
Le triple appel du devoir missionnaire
De là découle « un triple appel : à la prière, à la générosité et, pour certains, au don d’eux-mêmes » (19).
Il est du devoir des évêques d’entretenir parmi les prêtres et les fidèles une incessante supplication pour la cause missionnaire, de nourrir cette prière par un enseignement approprié et des informations régulières sur la vie de l’Église (20).
La forme la plus excellente de prière est « le sacrifice eucharistique où l’Église tout entière, par le Christ, présente au Père l’offrande sainte "pour le salut du monde entier" » (21).
Le Pape lance une invitation pressante aux évêques et à tous les chrétiens : « priez donc, …, priez davantage. Souvenez-vous des immenses besoins spirituels de tant de peuples si éloignés de la vraie foi, …Ce zèle de la gloire de Dieu, dans un cœur brûlant d’amour pour ses frères, n’est-il pas par excellence le zèle missionnaire ? » (22).
Mais quelle serait la sincérité d’une prière pour l’Église missionnaire, si elle ne s’accompagnait, à la mesure des possibilités de chacun, d’un geste de générosité ? (cf 23). Pie XII en profite pour remercier tous ceux qui, par leur générosité, ont permis les progrès de l’évangélisation depuis le début du siècle, notamment grâce à l’action des Œuvres Pontificales Missionnaires et de la Sacrée Congrégation de la Propagande (aujourd’hui, Congrégation pour l’Evangélisation des peuples).
Cependant les besoins sont croissants, et les ressources trop limitées. « Faudra-t-il, faute d’argent, fermer les portes des séminaires à des jeunes pleins de générosité et d’espoir ?… » (24).
Le Pape n’ignore pas les difficultés des diocèses anciens d’Europe ou d’Amérique. Mais il apparaît vite que « la pauvreté des uns est une relative aisance auprès du dénuement des autres… » (25). « De votre libéralité dépend l’essor de l’apostolat missionnaire. La face du monde pourrait être renouvelée par une victoire de la charité » (ibid).
Mais le point le plus crucial est le manque d’apôtres . Le Pape demande aux évêques de « favoriser de toutes manières le recrutement des vocations missionnaires : prêtres, religieux, religieuses » (26).
Ce souffle missionnaire, « en animant l’ensemble de vos diocèses sera pour eux un gage de renouveau spirituel. Une communauté chrétienne qui donne ses fils et ses filles à l’Église ne saurait mourir…. La vitalité catholique d’une nation se mesure aux sacrifices qu’elle consent pour la cause missionnaire » (27).
Le Pape en vient à un appel concret : il existe, « de nombreux diocèses assez largement pourvus en prêtres pour consentir, sans risques pour eux-mêmes, le sacrifice de quelques vocations … Donnez selon vos moyens (cf. Luc 11, 14). Mais Nous songeons aussi à ceux de Nos frères dans l’épiscopat qu’angoisse une cruelle raréfaction des vocations sacerdotales et religieuses … Que ces diocèses éprouvés ne se ferment cependant pas à l’appel des missions lointaines. L’obole de la veuve fut citée en exemple par le Seigneur, et la générosité d’un diocèse pauvre envers de plus pauvres que lui ne saurait l’appauvrir » (28).
Pour résoudre efficacement ce problème du recrutement missionnaire, il est utile que les Evêques collaborent entre eux : ensemble ils porteront plus aisément les responsabilités qui les lient solidairement au service des intérêts généraux de l’Église (cf 29). Il faut aussi concilier les intérêts légitimes des congrégations missionnaires et des Ordinaires locaux en ce qui concerne la pastorale des vocations (ibid).
Le Pape attire ensuite l’attention des évêques sur l’importance de veiller à l’assistance spirituelle des jeunes Africains ou Asiatiques qui sont en études hors de leur pays (cf. 30).
Pie XII en vient à préciser son appel à envoyer prêtres diocésains ou militants laïcs aux diocèses d’Afrique : « une autre forme d’entraide, plus onéreuse sans doute, est pourtant pratiquée par plusieurs évêques qui autorisent certains de leurs prêtres … à partir se mettre pour une durée limitée à la disposition des Ordinaires d’Afrique…. Nous encourageons volontiers ces initiatives généreuses et opportunes ; préparées et réalisées avec prudence, elles peuvent apporter une solution précieuse dans une période difficile, mais pleine d’espérance, du catholicisme africain » (31).
« L’aide aux diocèses missionnaires revêt enfin, de nos jours, une forme qui réjouit Notre cœur … C’est le rôle efficace que des militants laïcs, agissant le plus souvent dans le cadre de mouvements catholiques nationaux ou internationaux, acceptent de jouer au service des jeunes chrétientés. Leur coopération exige dévouement, modestie et prudence …en pleine soumission à l’évêque du lieu, responsable de l’apostolat, en parfaite collaboration aussi avec les catholiques africains qui comprennent le bienfait de ce soutien fraternel, … » (32).
Pie XII, renouvelle alors sa reconnaissance aux missionnaires catholiques qui travaillent dans les autres continents, notamment ceux qui « souffrent davantage dans les missions d’Extrême-Orient » (33), sans oublier les Evêques de ces terres nouvellement évangélisées, « qui plantent l’Église ou la consolident au prix de tant de labeurs ». Cette lettre est l’occasion de réaffirmer à ceux-ci la volonté de toute la communauté chrétienne d’être plus que jamais à leurs côtés pour les soutenir par ses prières, ses sacrifices et l’envoi des meilleurs de ses enfants (cf 34).
Le Pape continue : « à vous aussi, missionnaires, prêtres du clergé local, religieux et religieuses, séminaristes, catéchistes, militants laïcs, à vous tous, apôtres de Jésus-¬Christ, en quelque poste lointain et ignoré que vous soyez, Nous redisons Notre gratitude et Notre espérance. Persévérez avec confiance dans l’œuvre entreprise, fiers de servir l’Église,… » (ibid).
« Prêcher l’Évangile n’est pas pour moi un titre de gloire, disait l’Apôtre des nations ; c’est une nécessité qui m’incombe. Ah ! malheur à moi si je ne prêchais pas l’Évangile ! (1 Cor 9, 16)…. Invoquant donc sur les missions catholiques le double patronage de saint François-Xavier et de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, la protection de tous les saints martyrs et surtout la puissante et maternelle intercession de Marie, reine des Apôtres, Nous adressons de nouveau à l’Église l’impérieuse et victorieuse invitation de son divin Fondateur : avance au large, duc in altum » (Luc 5, 4) (35).
Le Pape termine sa lettre en réaffirmant sa confiance que les catholiques répondront à son appel et que « les Missions pourront enfin porter jusqu’aux extrémités de la terre les lumières du christianisme » (cf 36).
Pour compléter ce dossier, lire également :
Fidei Donum, la rencontre entre Eglises
Montpellier-Mali, l’ouverture réciproque de deux Églises
De Berbérati ... en Sologne …à Berbérati : Témoignage d’un prêtre centrafricain
Dieu comme une évidence… grâce aux Brésiliens
Vie monastique d’un continent à l’autre


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