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Editorial

À la question qui lui était posée « faut-il regarder l’évolution de l’Église à travers les chiffres ou à travers les signes de vitalité ?  », le Cardinal Martini [1] répondait : « Pour analyser la situation de l’Église, il importe de se baser surtout sur les signes de vitalité, sur les fruits de l’Esprit. Et, sans être à la première place, les faits quantitatifs appartiennent à ces signes de vitalité ».

Nous interroger dans ce numéro de Mission de l’Église sur les signes de vitalité d’une Église en Europe et d’une Europe, ce n’est pas chercher à nous rassurer à bon compte face à la "diminution des fidèles", c’est bien plutôt chercher à repérer dans ces signes de vitalité ce que eux-mêmes nous disent d’une vocation possible de l’Europe et de l’Église en Europe, vocation au service de l’humanité. Comme nous invitent le deuxième synode pour l’Europe et l’exhortation apostolique "Ecclesia in Europa", nous avons à interpréter cette réalité de la diminution des fidèles (du côté du passé ? Poids de défaillances à la foi chrétienne, face aux terribles logiques de mort des nationalismes et guerres mondiales ? Du côté du présent et du futur ? Désarrois face aux destructurations sociales et individuelles provoquées par des mutations trop rapides ?), mais surtout à repérer ces charismes façonnés par une longue histoire et qui ressurgissent aujourd’hui sous des visages divers. Comme si les énergies qui rendent possible aujourd’hui la constitution d’une Europe réconciliée, la vigueur d’un Å“cuménisme envers et contre tout, une nouvelle évangélisation à l’œuvre dans la discrétion et l’humilité, les gestes concrets qui ne cessent de rouvrir l’Europe vers le service de l’humanité, surgissaient pour dire, face à des événements tels que les guerres de religion, la Terreur de la Révolution française et les guerres mondiales, « plus jamais cela ! Europe, souviens-toi de ta dignité ! ».

Dans une première série d’articles, nous avons voulu écouter ceux qui nous parlent de l’émergence de l’Europe en quelques lieux significatifs : et souvent c’est dans ces lieux qui peuvent sembler marginaux que se pressent le mieux ce à quoi une Europe est appelée pour devenir un « espace privilégié de l’espérance humaine » (Michel Camdessus, président des Semaines Sociales de France). À l’occasion d’une rencontre A.T.D.-Quart Monde à Varsovie, Benoît FABIANI nous rend compte de la manière dont le mouvement porte en lui l’interrogation de son fondateur « suis-je vraiment un artisan de l’Europe pour tous ? Ce que je fais permet-il la réalisation d’une Europe où les pauvres seront enfin libérés ?  ». Gilles REBECHE nous propose les différents rendez-vous avec l’Europe à partir desquels la diaconie de Fréjus-Toulon a élargi sa conscience européenne, tant par des réalisations communes avec la Communauté San Egidio et les "Initiatives chrétiennes pour l’Europe" que par des actions concrètes d’accueil de réfugiés. Emmanuel COUVREUR nous donne à entrevoir, à partir de sa situation de cadre travaillant dans une entreprise française en Espagne, l’enjeu d’une Europe sociale au sein même de l’entreprise : le chemin est étroit entre une tendance au repli sur soi et le libéralisme sauvage. C’est à partir du Secrétariat des migrants que Dominique SIMON pose la question « Où puiser des ressources pour qu’une Europe d’humanité progresse ? Quelles ressources pour accueillir cet étranger que nous ne choisissons pas, qui vient avec son poids de vie ? Comment passer du rêve de prétendre rassembler tout le monde dans la même Église à la capacité de dialoguer avec chacun dans sa différence ? ». Autre témoignage, celui de Hubert de QUERCIZE, lié à la Communauté Fondacio, à partir de sa question « En quoi ma relation au Christ transforme-t-elle ma présence au monde et permet-elle de rejoindre un monde déchristianisé et de se diriger vers l’extérieur d’une manière plus décidée ? ». Jean-Marie GAUDEUL nous entraîne en un lieu particulièrement sensible aujourd’hui, les relations entre chrétiens et musulmans en Europe ; il le fait à partir d’un document produit par un organisme émanant des Églises d’Europe, tant catholiques que protestantes.

Quelques articles nous proposent des réflexions sur cette mission qui peut sembler à certains impossible. Quelle "nouvelle évangélisation" aujourd’hui en Europe, c’est ce que nous propose Jean-Luc BRUNIN, le nouvel Evêque d’Ajaccio. Un missionnaire étranger, spiritain de l’Église du Nigeria, Bède UKWUIJE, nous livre comment il comprend les forces et les blessures du peuple et de l’Église qu’il sert. Un autre article est écrit en libre écho à l’exhortation apostolique rédigé à la suite du synode sur l’Europe. Enfin, de Bruxelles, nous arrive la réflexion d’Ignace BERTEN, sur les responsabilités des chrétiens dans une Europe mise à l’épreuve de la mondialisation. La lecture que Philippe BEDIN nous propose des visites "ad limina" des évêques à Rome est l’occasion de mieux découvrir une photographie de la situation de l’Église en France et ses défis.

L’Enfance missionnaire fête son 160ème anniversaire ; dans une fenêtre ouverte, Bénédicte DUHAMEL écrit là son dernier texte comme responsable de l’Enfance missionnaire et du Service missionnaire des jeunes : comment l’ouverture à l’universel se vit-elle déjà pour des jeunes dans le métissage européen ?

Le Dossier choisi pour ce numéro sur l’Europe est élaboré à partir de la rencontre nationale de jumelages chrétiens qui a eu lieu à Lyon en novembre 2003 ; ces jumelages sont un instrument bien concret qui permet à une Europe de ne pas se refermer sur elle-même. Encore faut-il que chaque jumelage ne se referme pas sur lui-même : les sept propositions émanant de cette rencontre, illustrées par les divers témoignages, nous le rappellent vigoureusement.

En 1984, les évêques de la C.E.E. écrivaient : « Il faut bâtir une Europe qui voit dans les pays du Tiers-Monde d’authentiques partenaires » ; en avril 2004, les évêques de la C.O.M.E.C.E. se retrouvent à St Jacques de Compostelle, autour de l’affirmation « la solidarité est l’âme de l’Union Européenne ». Et, en novembre 2004, un symposium d’évêques d’Afrique et d’Europe pour s’orienter vers des relations qui ne soient plus seulement et d’abord d’entraide et d’assistance : chaque continent, appelé à aller à la rencontre de l’autre dans une véritable attitude de demande spirituelle et de stimulation dans la mission, voulant assumer avec l’autre les blessures d’une histoire, en vue de préparer l’avenir de l’Évangile. C’est une chance pour l’Europe d’être ainsi mise à l’épreuve et de se libérer de ce qui en elle est encore trop "mondain", arrogance, sentiment d’être au centre, tristesse, pour aller vers la vraie joie.

L’œcuménisme en Europe
« Tâtonnante, mais infatigable, l’œcuménisme en Europe »
(Cardinal Walter Kasper, Président du Conseil
pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens)


- Vous fixez huit "conditions nécessaires" pour cet avenir, en lien avec le synode des évêques sur l’Europe, dont la première est l’œcuménisme. Considérez-vous les difficultés actuelles en ce domaine comme passagères ou rédhibitoires ?
- Les difficultés actuelles dans certains secteurs du chemin Å“cuménique seront certainement dépassées. En cette matière, le temps est nécessaire, tout comme les changements que le temps favorise. Point n’est besoin d’être impatient, mais d’attendre avec amour et avec espérance la pleine manifestation du Christ (voir 2 Tm 4, 8 et Tm 2, 13).
(Cardinal Martini, Archevêque de Milan,
Conseil pontifical de la culture, à La Croix, 10 janvier)

â–ª Quels sont vos craintes, peurs, attentes, enthousiasmes par rapport à l’Europe ?
â–ª Quels défis nouveaux l’Europe présente-t-elle pour vous ? Quelles richesses possibles ? Quelles épreuves ?
â–ª Quels défis quant à l’ouverture de l’Europe au reste de l’humanité ?
â–ª La mémoire de l’histoire et des racines de l’Europe vous semble-t-elle importante aujourd’hui ?
â–ª Quand vous parlez de l’Europe, comment l’Europe de l’Est est-elle impliquée ?
â–ª Quels défis, quelles épreuves, quelles chances pour la foi et l’annonce de l’Evangile aujourd’hui ?

Notes

[1] Cardinal Carlo Maria Martini, Archevêque émérite de Milan


Mise en ligne le mardi 19 octobre 2004, par Administrateur

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