Ces propos de Jean-Paul II, dans sa lettre "Redemptoris Missio", sont reliés dans le même paragraphe à l’option de l’épiscopat latino-américain que Jean-Paul II donne à toute l’Église : « les pauvres méritent une attention préférentielle, quelle que soit la situation morale ou personnelle dans laquelle ils se trouvent. Ils sont faits à l’image et à la ressemblance de Dieu… pour être ses enfants, mais cette image est ternie et même outragée. Aussi Dieu prend leur défense et les aime » (§ 60). (Doc. Cath., 1991, p. 175).
"Charité", "Amour", ces expressions sont toujours difficiles à entendre ; elles véhiculent toujours le meilleur et le pire ; on peut leur appliquer ce que Saint Jacques disait de la langue, « de la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction » (Jc 3, 1-13). Et nous ne pouvons pas espérer qu’un jour il en soit autrement sur cette terre, et d’abord parce que la charité n’est pas une réalité que nous possédons, que nous maîtrisons, mais cette réalité qui vient de plus loin que de nous, et qui nous transforme au fur et à mesure qu’elle nous met à l’Å“uvre, c’est ce que nous avons pu découvrir au fur et à mesure de la réception des articles que nous avions sollicités.
Nous voulions, dans cette Semaine Missionnaire Mondiale, réfléchir aux diverses formes de la solidarité entre les chrétiens au service de la mission. Le Christ s’est livré lui-même (Ph 2). Il s’est livré pour son Église (Ep 5) ; c’est sur ce don que le Christ fait de
sa propre vie que se fondent les diverses formes de partage et de solidarité dans l’Église. Lorsque les chrétiens et les communautés ecclésiales sont appelés à entrer dans cette dynamique du don, ils ne sont jamais à la hauteur de ce don et de cet amour qui les traversent ; il leur faut lentement et patiemment se laisser transformer dans tous les fibres de leur être par cette réalité que nous confessons être l’Å“uvre de l’Esprit Saint.
« J’aurais beau distribuer tous mes biens aux pauvres… s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien » (I Co 13, 3).
C’est au niveau anthropologique que nous pouvons déjà découvrir la réalité de la dynamique du don : une réalité qui doit articuler dans un difficile équilibre la réciprocité, l’échange d’une part, et de l’autre la gratuité (Pierre Diarra) ; c’est cette même dynamique qui inspire des pratiques très concrètes comme celle de la mise en place d’un microcrédit, pratique qui introduit l’échange là où il ne pourrait y avoir que le don (Yves de Patoul). Et c’est sans doute dans cette
persÂpective que l’on peut placer les orientations d’une Église d’Asie qui, là où d’autres continents plaçaient le développement et la libération comme forme première de la mission, introduit le dialogue comme premier nom du développement (Antoine de Monjour). De même, c’est dans un "agir ensemble" que peut se faire une découverte réciproque de communautés qui, sans cela, pourraient coexister dans l’indifférence et l’ignorance mutuelle ou laisser place à la violence (Firmin Miabatoussa).
Cette vigilance anthropologique est d’autant plus importante qu’elle se situe dans une culture véhiculant l’idée d’un individu qui est appelé à se suffire à lui-même et à ne se confier qu’à ses propres forces et à sa seule intelligence. Lorsqu’une dynamique du don se transforme en simple assistance à autrui, elle entre dans cette logique, qui est une logique de dépendance et de pouvoir sur l’autre. Des Associations comme l’ensemble des Caritas, le Secours Catholique ou ATD/Quart-Monde l’ont bien saisi, comme l’avaient mis en relief certains articles de Mission de l’Église n° 151, complémentaire du numéro actuel.
Qu’est-ce qui se passe dans les recherches de nouvelles formes de solidarité entre Églises ? Jumelages, entraides financières, solidarités critiques : les articles de Dominique Terrade, Claude Victor, Bertrand Jégouzo nous en montrent les enjeux et les implications. Les questions d’argent ne sont jamais neutres ; ce sont des visages
d’Église qui se dessinent dans l’équilibre entre autofinancement,
autoprise en charge et, en même temps, entraides effectives. Ceci est d’autant plus important que nous nous situons dans un contexte où l’un des défis principaux adressés à l’Église est celui des sectes ; or, l’idéologie première véhiculée par ces sectes, comme l’exposait
Mgr Marcel Agboton, archevêque de Cotonou au Bénin, est une idéologie de la prospérité : elles proposent à chacun richesse, guérisons et délivrance des esprits mauvais ; c’est à chacun qu’elles font miroiter la richesse, quitte à l’alimenter déjà par un début d’assistance, la santé proposée comme une guérison qui ne concerne que l’intéressé et la délivrance des esprits mauvais où chacun est laissé dans son isolement.
Jan Dumon, Directeur de l’Å“uvre de Saint-Pierre Apôtre, était intervenu dans le cadre d’une réunion des membres des OPM-Coopération Missionnaire, en septembre 2007, sur les défis de la mission aujourd’hui. Avec son accord, nous publions le texte de son intervention. Michel Mallèvre, membre du Conseil épiscopal pour l’unité des chrétiens, nous présente le troisième rassemblement Å“cuménique de Sibiu.
Les Missions Étrangères de Paris (MEP) fêtent cette année le 350e anniversaire de leur fondation. Envoyant depuis cette date des prêtres qui sont reliés dans un diocèse d’Asie tout en restant incardinés dans leur diocèse d’origine, elles ne veulent pas fournir des alibis à l’Église de France qui se repose sur elles pour vivre la solidarité avec les Églises d’Asie, mais cherchent à ouvrir constamment les Églises sur ce continent, avec intelligence et sagesse. Le Dossier de ce numéro leur est consacré. Puissent les articles de ce numéro nous aider à entrer de façon renouvelée dans une dynamique du don et du partage et, d’abord, au niveau de la collecte, y entrer avec joie.
Maurice Pivot


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