Son intérêt provient déjà de la méthode d’élaboration du livre : une équipe interdisciplinaire de dix chercheurs appartenant à différentes Eglises chrétiennes témoignant de leur annonce de la Bonne Nouvelle au cÅ“ur même des questions propres à chacun, dans leur domaine de recherche ; huit acteurs de terrain proposent des contrepoints à ces témoignages. Son intérêt provient d’autre part du choix des questions travaillées, le processus d’individualisation des personnes, les modes d’appartenance ecclésiale, les questions bioéthiques que posent la naissance et la mort, les liens entre santé et salut, le rôle des communautés dans l’économie et les médias, l’importance de la liberté religieuse et du dialogue dans le témoignage chrétien.
L’intérêt du livre vient surtout du dépaysement qu’il suscite par sa manière d’aborder les questions de société liées à la mission. Voici quelques thèmes qui témoignent de la richesse de ce livre : renouvellement dans la manière de traiter l’appartenance, appartenance à une confession ecclésiale et appartenance à l’humanité, nécessaire pour fonder la structuration des identités ; la critique de la hantise du prosélytisme paralysant l’élan missionnaire ; de nouveaux chemins vers une subjectivité humaine qui intègre le lien social et vers un universel qui se découvre dans la rencontre. Autour des énigmes de la naissance et de la mort, la mission qui est faite d’un respect fondamental de la vie humaine, qui, face à une demande de mort, "atteste à l’autre, dans sa plus grande faiblesse, qu’il est encore quelqu’un de digne devant Dieu et devant nous", qui résiste à la tentation de faire naître des enfants comme des objets. Le chemin est étroit, face aux médias, entre une attitude apocalyptique résistant à la dictature médiatique et une attitude sapientielle qui souligne la chance pour le lien social de ce nouveau mode de communication ; et la mission y est de rappeler l’importance de la distance et de la médiation là où les médias mettent sous l’emprise de l’immédiat. Les défis de l’économie aujourd’hui appellent une double réponse, un travail d’accompagnement critique, dans la mesure où, au niveau macro-économique aujourd’hui, il n’y a pas de réponse politique globale, et d’autre part la mise en place de pratiques sociales concrètes initiant des changements sociaux. Au-delà des ambiguïtés d’un discours sur le dialogue interreligieux, il nous est proposé une réflexion sur le nécessaire soutien de la liberté religieuse en chaque tradition et sur le service de guérison des blessures de notre culture et société liées à leurs difficultés de rencontre de l’autre.
Ce livre est profondément unifié, même si certaines tensions fécondantes y apparaissent. Ce qui lui donne son unité, c’est tout d’abord le souci de chaque auteur de travailler avec d’autres hommes et femmes de convictions différentes, là où des questions de société engagent la personne humaine ; sans que n’y soit majoré la tentation actuelle de repli identitaire, les auteurs y résistent. L’unité vient d’autre part de l’audace et de la créativité des propositions missionnaires de ce livre, dans une tranquille assurance de la foi : des chrétiens osent assumer leurs différences dans le vivre ensemble.
Maurice PIVOT


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