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Dieu commence à naître.
Michel BERNARD, postface de Robert Ageneau , Paris , Karthala, 2003, 154 pagees

THEOLOGIE

Dieu se serait-il retiré de notre monde ? Comment nos contemporains imaginent-ils aujourd’hui leur Dieu ? Michel Bernard répond à ces questions dans un style direct, partageant largement avec le lecteur son intérêt pour les problèmes de société. Il analyse l’attitude de nombre de chrétiens qui vivent « une foi faite de silence, de réserve, d’adhésion difficile aux expressions traditionnelles de la foi, voire de refus radical », pour reprendre les mots du directeur des Éditions de Karthala dans la postface de ce livre. Cette attitude est partagée par d’autres croyants, mais le vide ressenti, loin d’être un désaveu général, semble être un appel à de nouvelles expressions de Dieu et de la foi, plus accordées ou accordables aux conceptions de l’homme du XXIe siècle.

Ce livre interroge le chrétien sur les expressions de la foi qui peuvent le mettre debout aujourd’hui, l’inciter à accueillir le Dieu qui vient, signifiant ainsi son amour et son engagement pour la cause des pauvres. Selon l’auteur, seuls les êtres libres peuvent accéder à l’amour, à Dieu qui, dans sa plénitude, ne peut être qu’amour. L’homme ne peut vraiment accueillir Dieu que dans le vide de soi-même, dans l’attente et la patience, mais aussi en menant la chasse aux fausses images de Dieu, en tenant compte des critiques formulées par ceux qui se disent athées ou mal-croyants. Bien des illusions et des représentations limitées de Dieu ont entraîné chez nos contemporains « la mort de Dieu ». Heureusement, deux mille ans après sa naissance, l’Homme-Dieu ainsi que les amis qui ont parlé de lui dans les récits évangéliques ou parlent de lui aujourd’hui suscitent des témoins, des assoiffés de justice, de paix, d’amour (cf. Mt 5). Si Dieu n’est pas l’amour, qu’avons-nous à faire de lui ? (p. 37). Dieu continue de naître en l’homme et l’homme naît en Dieu et, entraînant à sa suite tous les pauvres, il prend en charge le monde et sa grande froidure, la souffrance, la misère, le mal, la mort. Rwanda, Bosnie, Tchétchénie et tant d’autres lieux où des innocents sont abandonnés aux puissances du mal, font réfléchir (p. 67). Chaque jour peut être Noël. Les douze chapitres de ce petit livre sont faciles à lire. C’est une véritable méditation sur la situation du croyant qui cherche son chemin dans un monde où Dieu semble plus souvent absent que présent, où les hommes préoccupés par tant de choses ont du mal à reconnaître le Dieu qui vient. Ce livre ouvre une perspective Å“cuménique et au-delà invite les croyants et tout homme, quelles que soient leurs convictions et leurs connaissances théologiques, à entrer dans l’amour et le dialogue, source de vie. Certes, personne ne peut « posséder » Dieu, car il « ne se laisse pas étiqueter, ni claquemurer ». « Cela que l’on appelle Dieu » est infiniment plus grand que les concepts philosophiques ; il est au-delà des définitions des théologies normatives. A qui prête l’oreille, comme au cÅ“ur qui fait silence, il peut être donné d’entendre le pas d’un inconnu, d’un vagabond ou d’un ami, qui emprunte nos chemins d’homme, et chemine à nos côtés : Dieu.

Pierre Diarra


Mise en ligne le mercredi 6 avril 2005, par Laurence Brogly

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