Au service de la Mission Universelle de l'Église
www.mission.catholique.fr

Editorial

«  Seigneur, apprends-nous à prier  » : telle est l’orientation donnée à l’année pastorale de l’Église de Belgique. La S.M.M. belge (2005) rejoint cette préoccupation et en élargit les contours en allant puiser aux sources de la Vallée du Nil et du christianisme égyptien des premiers siècles. Les trois précédentes S.M.M. avaient eu comme thèmes, "Envoyés pour servir", "Envoyés pour annoncer", "Envoyés pour célébrer". Ces thèmes nous faisaient entrer dans la dynamique de l’envoi. Cette année, nous sommes invités à revenir à la source.

Revenir à la source, c’est, pour l’Église, entrer dans un mouvement de décentrement, s’appauvrir devant son Seigneur, se mettre en vérité devant Lui, "se vider", "s’anéantir" pour accueillir la force des dons du Père, recevoir de Lui plénitude sur plénitude. Sans ce mouvement constant de désappropriation, le risque est grand pour notre Église de s’installer dans une arrogance plus ou moins consciente. C’est une chose que la juste fierté de ceux qui apprennent à vivre de l’Évangile ; c’en est une autre que cette double tentation : tentation de se glorifier elle-même de sa propre force et puissance, de commettre le péché de David qui recense son peuple pour mieux mesurer sa propre puissance ; tentation de s’enfermer dans ses faiblesses et fragilités, qui est une autre manière d’oublier l’œuvre de l’Esprit Saint. C’est dans la prière que l’Église est appelée à rectifier sans cesse sa relation à son Seigneur ; c’est dans la prière que la communauté ecclésiale se laisse constituer par l’Esprit Saint. C’est dans la prière que l’Église s’ouvre à tous les chercheurs de Dieu et apprends à respecter leur démarche, à découvrir les dons de Dieu où qu’ils apparaissent. C’est dans la prière que le Christ s’est ouvert à la reconnaissance de ce que le Père révèle aux tout-petits.
Encore faut-il que la prière dans l’Église ne contribue pas à refermer l’Église sur elle-même. La prière dans l’Eglise est appelée à l’ouvrir sur la source ; non pas pour la capter dans des citernes, mais pour lui permettre de devenir un fleuve d’eau vive. Le pape Jean-Paul II ne nous a pas appelés à nous recentrer sur le Christ, mais « Ã  repartir du Christ », à avancer au large en repartant du Christ. Comme l’écrivait Xavier Thèvenot, « Avance en eau profonde… Tu es une personne. Je t’ai créé à mon image, mystère pour toi-même. Ose pénétrer dans les profondeurs de ton être… Ne crains pas. Je sais de quoi tu es pétri, car je suis la profondeur de ta profondeur… Tu appartiens à la communauté humaine, tu en es profondément solidaire. Laisse la profondeur insondable du visage d’autrui provoquer en toi un infini respect et cherche à le rejoindre en vivant dans l’amour, car je suis l’amour » (Avance en eau profonde, Desclée de Brouwer, Cerf, 1997, pp. 7-8).

La prière dans l’Église a ainsi besoin sans cesse d’être elle-même évangélisée, transformée, convertie par la force de l’Évangile. Le porche biblique nous y invite : comment nous laisser transformer par la prière du Christ, entrer dans la prière du Notre Père et nous laisser conduire jusqu’à la prière sacerdotale ? C’est ce que nous propose l’article de Jean RADERMAKERS. Les témoignages qui suivent nous entraînent dans une double direction. Comment la communauté chrétienne se laisse-t-elle construire par la prière ? Comment, dans la prière, la communauté s’ouvre-t-elle à une fraternité qui l’ouvre à l’humanité tout entière ? Pierre RIOUFFRAIT nous emmène dans des communautés ecclésiales de base en Equateur. Entrer dans la saveur de la Parole de Dieu pour renouveler la relation avec les frères, c’est la visée profonde de l’école de prière au Bénin dont nous parle Claude TEMPLÉ. Autre écho donné par des témoignages : des chemins de prière d’hommes et de femmes ensemencés par d’autres traditions religieuses. La prière d’une chrétienne venue du bouddhisme, Claire LY, brève et forte, demande à être accueillie dans une écoute silencieuse : pour ouvrir à cette écoute, quelques extraits du témoignage qu’elle a publié, "Revenue de l’enfer". Jean-Marie GAUDEUL nous fait entendre des prières qui, habitées par Dieu, ouvre des chemins de conversion. Jacques SCHEUER nous ouvre un autre univers, celui de la prière hindoue ; comment la prière chrétienne peut-elle l’accueilllir ? A ces témoignages, nous joignons quelques expressions de la prière de Pauline Jaricot, en ces années où nous découvrons mieux la force de ce qu’elle a déposé dans notre Église.
Le visage ecclésial se modifie très rapidement en Europe ; Alphonse BORRAS nous invite à prendre acte de ce que peut signifier la sortie de la chrétienté en Europe : l’Église n’est plus au centre du village ; qu’est-ce que cela transforme dans la place de la prière chrétienne dans la communauté ? Pierre DIARRA nous montre le chemin vers la fraternité que construit la prière dans des communautés chrétiennes africaines. Comment trouver de nouvelles modalités de la prière dans les conditions d’une vie séculière ? A partir de cette question, Bernard PITAUD nous fait entendre le témoignage de Madeleine Delbrêl, prière apostolique, échange constant entre prière et action. Un théologien chrétien arabe, Khalil SAMIR KHALIL, confronté dès sa naissance à la tradition musulmane, témoigne de la manière dont sa foi au Christ et au mystère de Dieu-Père s’est approfondie dans et par cette confrontation.
Repartir de la source, c’est aussi repartir d’une mémoire retrouvée. En cette année 2005, la S.M.M. de Belgique a voulu faire référence à l’Egypte : d’où le dossier qui nous est offert. Un article de Sylvain KALAMBA nous invite à remettre en cause une certaine myopie avec laquelle bien souvent nous lisons le livre de l’Exode : la place de l’Egypte est alors bien mal située dans le dessein du Salut de Dieu.
L’Egypte c’est aussi l’Église d’Alexandrie qui a joué un rôle si important dans les premiers temps de l’Église. L’Église sans doute la plus vivante de tout l’empire romain aux 3ème et 4ème siècles. Église qui prolonge ses racines dans l’ancienne sagesse égyptienne : elle est présente dans le dossier par un article sur la prière chez les Pères du désert, de Ugo ZANETTI. L’Egypte, c’est aussi l’Église d’aujourd’hui : Christian CANNUYER présente l’Église copte qui amène jusqu’à nous cette ancienne tradition. Christian VAN NISPEN reprend l’ensemble de l’histoire de cette Église, l’une des plus proches de l’origine et aujourd’hui placée devant le défi d’être une des Églises les plus diversifiées.
"Va, vis et deviens". Le titre du film que présente ce numéro de Mission de l’Église dit bien la dynamique de cette S.M.M. 2005 : le retour à la source de la prière, c’est le retour à ce qui nous donne de repartir et d’avancer en eau profonde.

Sylvain Kalamba Nsapo et Maurice Pivot

Ce numéro de Mission de l’Église se termine au moment où nous accueillons celui qui a voulu prendre le nom de Benoît XVI, en donnant au choix de ce nom deux références qui sont importantes pour la mission dans l’Église :
Benoît XV, instruit par les graves effets des conflits européens sur les missions extérieures, rappelle avec fermeté dans sa lettre Maximum Illud (1919) le caractère supranational des missions. Ceci s’enracinait dans sa douloureuse expérience de la première guerre mondiale : celui qui avait voulu la paix a eu en face de lui des pays et des Églises qui ont préféré s’entretuer et ont ainsi préparé les totalitarismes du 20ème siècle. Sa lettre sur les missions ouvre dans l’Église toute la nouvelle perspective missionnaire qui se déploiera au 2ème Concile du Vatican.
L’autre référence est celle de Saint Benoît que Paul VI a constitué comme patron de l’Europe, lui qui avait été « messager de paix, artisan d’union, maître de civilisation … (en faisant lever) sur notre continent l’aurore d’une ère nouvelle… avec la croix … avec le livre … avec la charrue »
(Bref du 24 octobre 1964, D.C. 1964)

Mise en ligne le mardi 11 octobre 2005, par Webmaster

Direction nationale
5, rue Monsieur
75343 Paris cedex 07
Tél. 01 53 69 17 40
Siège social
12, rue Sala
69287 Lyon cedex 02
Tél. 04 72 56 99 50
Espace Mission
93, bd Père Rémi Sempé
65100 Lourdes
Tél. 05 67 45 70 42
La maison de Pauline Jaricot
42, montée St-Barthélemy
69005 Lyon
Tél. 04 72 38 41 00
Service de la Mission Universelle
58, avenue de Breteuil
75007 Paris
Tél. 01 72 36 68 95
Logo CEF