Au service de la Mission Universelle de l'Église
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La mission, être des acteurs et des créateurs de liens (par Mgr Labille)

La Coopération missionnaire est une invitation à l’ouverture, donc au Salut.

1. Les conditions pour que le message passe :

Dans Mathieu 25, Jésus décrit l’ouverture aux autres comme un chemin vers Dieu. Allez vers les autres leur proposer l’Evangile
Il nous faut éveiller notre interlocuteur à la révélation en nous disant : "Celui-là, Dieu est en train de l’aimer". L’Evangile se transmet sur le registre de la confiance. Cela implique quelques attitudes de base.

- Première attitude : le dialogue. "Je suis allé à Tokombéré (Cameroun) où le diocèse de Créteil soutient le collège "Baba Simon". Il y a là tout un projet de promotion humaine et chrétienne (hôpital, école, collège, maison des agriculteurs, promotion féminine, plan de santé et paroisse catholique). Quand je me suis allé dans la montagne environnante, j’ai été accompagné par un catéchiste qui m’a expliqué quel était son procédé d’évangélisation.
Il parlait aux gens sur ce qui les fait vivre, ce qui les habite au fond d’eux-mêmes. Nous avons rencontré un vieux monsieur. D’emblée, il m’a demandé : "Quel est ton Dieu ?" (Cela ne se demande pas souvent dans le métro !). J’ai essayé de lui expliquer que pour moi Dieu était le Père de tous les hommes et on est tombé d’accord ; il croyait lui aussi que Dieu était le Père de tous les hommes.
Puis il m’a posé une seconde question : "Quel est ton sacrifice ?" Alors, je lui ai répondu : "Pour moi, c’est un sacrifice très ancien de l’Ancien Testament repris par Jésus. On offre du pain et du vin, c’est la manière dont Dieu se donne à nous, dont il vit avec nous, dont il est présent au milieu de nous : il demeure en nous." Alors, il m’a dit : "Non, ce n’est pas comme cela pour moi, mon sacrifice c’est moi qui m’offre à Dieu, ce n’est pas Dieu qui s’offre à moi". Puis, nous sommes partis là-dessus.

Ceci pour dire quelle est la méthode utilisée ce catéchiste, il se situe d’homme à homme avec ce que l’un et l’autre a de commun par son humanité avec ce que chacun vit, ce qu’il l’habite. Peut-être cela aurait été plus difficile avec un polygame, ou quelqu’un d’une autre religion. L’annonce du salut passe par le dialogue (cf. l’Encyclique Paul VI sur l’Eglise comme dialogue "Ecclesiam suam"). J’ai trouvé là une réalisation concrète de ce que peut produire le dialogue.

- Deuxième attitude : la réciprocité. Ce que j’apporte aux autres est important, mais tout autant que je reçois d’eux. Quelquefois, il vaut mieux d’abord recevoir avant de donner. Je ne peux pas dire, à proprement parler, que j’apporte le Christ, car le Christ habite déjà d’une façon ou d’une autre dans le cÅ“ur de chaque homme. Il l’a dit lui-même aux Apôtres au moment de sa résurrection (quand les disciples sont venus pour savoir où était son corps) ; l’ange leur a dit : "Il vous précède en Galilée". Ainsi chaque homme et chaque femme que nous rencontrons, non seulement, Dieu est entrain de l’aimer mais Dieu est aussi d’une certaine façon présent à cette personne et il faut que je trouve le chemin pour l’aider à découvrir cette présence de Dieu en elle. Parce que Dieu, comme Jésus l’a dit avant de nous quitter, veut demeurer en nous. Et donc l’attitude de réciprocité traduit l’accueil que nous faisons mutuellement de la présence de Dieu qui demeure en chacun. Là, j’espère avoir la grâce de pouvoir reconnaître Dieu présent chez l’autre alors qu’il est peut être entrain de le chercher. Cette réciprocité est importante pour transmettre notre message.

- Troisième attitude : l’approfondissement. Le fait de rencontrer des hommes qui vont être appelés à vivre la foi ou qui la vivent déjà, dans d’autres cultures, d’autres mentalités, avec peut être un langage et des rites différents des nôtres, nous invite à approfondir notre foi commune.
Toujours à Tokombéré, j’avais été invité à la fête de la récolte du mil. Pour cette population, il n’y a pas d’autres cultures, à part un peu de coton qui est exporté. Le mil est la nourriture du matin, du midi et du soir accommodé avec de la sauce faite avec des herbes que l’on trouve sur le bord des chemins. Cette fête existait depuis toujours et elle est devenu aussi pour les baptisés et les catéchumènes une fête chrétienne, en rejoignant ainsi les gens dans ce qui donne sens de leur vie. La révélation chrétienne a donné un nouveau sens à cette fête. Pour moi cette fête m’a invité à réfléchir sur le rapport à la nourriture que je pouvais avoir en tant que croyant. Je ne crois pas qu’il y ait, dans le monde, deux hommes vivant leur foi qui ne soit pas intéressante pour moi pour vivre ma propre foi, pour essayer d’entrer dans la compréhension d’une autre mentalité, d’autres personnes.

Voilà un point que je voulais souligner avec vous en disant que la Mission universelle est pas simplement destinée à faire du bien aux autres, c’est aussi important que cela nous fasse du bien à nous aussi. Je ne sais pas où vous en êtes dans votre engagement à la Coopération missionnaire mais vous pouvez vous demander : "Est-ce que cela m’a transformé ?" Ce serait intéressant un jour de faire un partage sur cette question. Qu’est-ce que la Coopération missionnaire a éclairé dans ma vie ? Sur ma foi ? Sur ma façon d’être croyant en France ?

2. La mission, œuvre de l’Esprit

- Le deuxième aspect que je voulais souligner c’est que la mission, l’évangélisation, est d’abord l’Å“uvre de l’Esprit dans le cÅ“ur des hommes ; ce n’est pas notre Å“uvre. C’est nous qui nous mettons au service des appels de l’Esprit.
Pourquoi cela ? Si Dieu a voulu que nous accédions à la révélation non pas en individuellement mais, comme le dit le Concile, en peuple, on a alors besoin du Saint Esprit qui est dans le cÅ“ur de tous et dans l’intelligence de tous pour comprendre la totalité de la révélation chrétienne. On a besoin de ce qu’on a cru au 1er, au 2e siècle et au cours de toute l’histoire, de ce que les conciles ont cru et ont élaboré au point de vue de la foi. Tous les hommes qui ont accueilli l’Evangile ont à dire quelque chose de Dieu. L’universalité de l’Eglise n’est pas simplement quantitative, elle est aussi qualitative, c’est à dire ce sont tous les hommes et tout l’homme qui se trouvent transformés par la Parole de Dieu et par sa présence.
Donc, il est important de s’interroger sur ce que nous croyons et d’écouter ces appels venus d’ailleurs. C’est vrai aujourd’hui par rapport aux enfants et aux hommes sans passé chrétien, par rapport également aux autres peuples qui n’ont pas notre culture. Nous ne disons pas : "Voilà la foi chrétienne !". Mais en écoutant les vrais besoins des hommes, on pourra faire un bout de chemin pour aller plus loin dans notre compréhension de l’évangile. Jésus avec les Apôtres a pris le temps d’expliquer qui était son Père, mais avec les gens qui venaient pour une guérison et qui étaient demandeurs, Jésus a essayé de les rejoindre dans leurs demandes, alors que, souvent les Apôtres n’étaient pas attentifs à ces demandes. Cette écoute est importante au moment où nous sommes en train de vivre une mutation culturelle.

- Part-on des questions que se posent les jeunes, ils demandent par exemple : "Qu’est-ce que la Trinité ?" Pour expliquer ce mystère, il faut sans doute partir de leurs expériences de l’amour paternel et maternel, ou filial ou fraternel et conjugal. Depuis que Jésus s’est fait homme, l’évangélisation est aussi une Å“uvre d’humanisation.
Je ne dis pas qu’il faut humaniser avant d’évangéliser, je dis que, normalement, si on évangélise, nous ne pourrons pas ne pas être à l’écoute des besoins des personnes, nous ne pourrons pas ne pas aider ces hommes et ces femmes à s’humaniser. Si je reprends l’exemple de Tokombéré, le projet missionnaire c’est à la fois une école, un hôpital, une mission, la promotion féminine, les agriculteurs : tout cela est un tout. L’Evangile est partout et ce que l’on découvre et qui fait plaisir quand on est chrétien c’est de voir comment ceux qui on accueilli le don de la foi vivent une joie profonde, ne sont plus sous le coup du destin, mais sont des hommes et des femmes debout, même s’ils ne sont pas riches et vivent dans des conditions précaires. Mais ce sont des hommes et des femmes qui ne sont plus les jouets du destin et lorsque le mil vient à manquer, ils savent comment faut le partager, comment faire des réserves pour pallier à la disette. Dans ces cas, on voit la force de l’Evangile. Si on fait de la Coopération missionnaire c’est bien pour que tous les hommes puissent bénéficier de cette force d’humanisation et de cette liberté que donne la foi.

- De nos différents carrefours, je retiens qu’effectivement l’esprit missionnaire ne commence pas à 15 ans, à 20 ans, à 40 ans, il commence au berceau par l’ouverture du cÅ“ur, le fait de penser à la mission. A 8 ans, je savais qu’il existait des prêtres à l’autre bout du monde qui annonçaient l’Evangile et je collectais des papiers d’aluminium pour les petits Chinois).
Il n’y a pas d’âge pour l’ouverture à l’ensemble des hommes. On n’est pas plus ouvert à 80 ans qu’à un an. L’ouverture du cÅ“ur, je la ressens en visitant les malades : si, par exemple un malade commence à raconter tous ses maux en détail, je me dis qu’il aura du mal à s’en sortir. Par contre, si un autre commence par : "Comment va la paroisse, le diocèse ? Comment vont mes voisins, etc.". Alors je me dis, celui-là a des chances de s’en sortir. Parce qu’il ne vit pas pour lui. Sa souffrance prend sens à travers toutes ces personnes auxquelles elle est entrain de penser. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des moments où le mal est si fort qu’on n’arrive pas toujours à penser à autre chose.

- Je crois aussi qu’en ce moment dans un pays comme le nôtre, il y a beaucoup de situations à saisir pour vivre cette ouverture à la mission universelle. Je suis dans un diocèse où se côtoient 86 nationalités. Lorsque je vais au marché à Vitry, le samedi matin, on rencontre des marchands de toute nationalité et en faisant le tour du marché, je fais le tour du monde. Comment déjà avec toutes ces personnes, qui viennent aux fêtes de la mission, chacun avec ses beaux atours et ses spécialités culinaires, nous ouvrir aux étrangers qui sont là.
Comment ne pas rester enfermé chez soi malgré la mentalité ambiante qui supporte mal les étrangers. Je pense à la venue des Roms dans un quartier calme ; les riverains commencèrent par créer une association pour se débarrasser des Rom. Heureusement, il ’y avait d’autres associations : la conférence de Saint Vincent de Paul, le Secours catholique. Finalement, grâce à toutes leurs actions, la municipalité commence à reloger les roms dans une caserne vide. Lors d’une réunion, à l’initiative de la paroisse, avaient été invitées toutes les associations même celles qui étaient contre le projet, chacun a pu s’exprimer et j’ai trouvé assez extraordinaire la façon dont finalement tous sont arrivés à s’écouter, à se respecter et à comprendre que les actions diverses menées par les uns et les autres étaient respectables. Je pense que tout le monde est sorti de cette réunion un peu mieux construit, un peu plus humain et j’espère, pour les chrétiens, un peu plus chrétien. Il faut saisir les occasions de vivre quelque chose de l’universel car le climat n’y est pas toujours favorable.

- Je pense que, comme catholiques croyants, nous avons aussi à aider les femmes et les hommes de notre pays à voir que la mission existe à la fois ici et ailleurs. En effet, la mission de l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui, que se soit dans notre pays ou dans le monde est d’être des acteurs et des créateurs de liens, des éveilleurs de la conscience et d’espérance pour les hommes de toute la planète. Le service qu’on peut rendre actuellement à des musulmans est de leur éviter de se renfermer entre eux, de faire des ghettos, d’éviter les contacts. Je sais que parfois ce n’est pas facile, de supporter les us et coutumes des uns et des autres surtout au moment du ramadan. Il faut tout de même maintenir le contact. C’est le meilleur service qu’on puisse rendre à des hommes aujourd’hui sur notre planète, réclamer non pas seulement une circulation des biens, mais aussi faciliter une circulation entre les hommes, un brassage entre les hommes.

Samedi soir, 22 janvier 2005, lors de la session des délégués diocésains à Lyon

Monseigneur Daniel Labille
Évêque de Créteil
Président de la Commission Épiscopale
de la Mission Universelle (CEMU) et du CECM


Mise en ligne le vendredi 26 août 2005, par Administrateur

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